Chronique #76

L’expression de la vie !

Dessins : Cathy Beauvallet
Texte et son : Dominique Delajot

 

Passer du temps à l’ombre des frondaisons, imaginer cet univers vert peuplé d’oiseaux, d’insectes, puis perdre son regard dans le lacis des herbes et se rappeler qu’il y a plus d’êtres vivants dans une cuillère à café de terre que d’humains sur notre planète.

Depuis quelques semaines en forêt d’Allogny nous sommes invités à écouter des intervenants d’horizon très différents et choisis par Olivier Leroi, le plasticien sélectionné dans le cadre du 1 % artistique de la construction de la Maison de la Culture. Alors, un trait d’union s’impose.

« On ne peut pas mettre le monde vivant d’un côté et la culture de l’autre » nous dit Gilles Clément qui lui aussi sera présent le 10 juillet en forêt pour une promenade publique et pédagogique.

Souvenez-vous, le jardinier paysagiste était notre invité pour la première chronique de ce carnet de bord il y a bientôt trois ans. Il était venu pour l’exposition proposée par la Maison de la Culture et baptisée Une saison dans les marais.

Les travaux commençaient à peine sur les pentes de Séraucourt. La belle architecture ne se mariait pas encore aux généreux feuillages et aux troncs alignés.  Parce qu’ils sont alignés les troncs d’arbres de Séraucourt. À Bourges comme ailleurs ce type d’alignement témoigne de la manière dont les urbanistes envisageaient autrefois les plantations dans les villes, souvent bien ordonnancées, bien rangées, comme une troupe au garde à vous sur les places, le long des grandes esplanades ou des grandes artères. Mais ça c’était hier. Une vision architectonique guidait le besoin de verdure.

Aujourd’hui un engouement certain pour les arbres, dans un souci d’urgence écologique, fait que les villes se végétalisent. « C’est très important qu’il y ait des arbres en milieu urbain, mais pas seulement des arbres, il faut aussi une végétation buissonnante et herbacée » explique Gilles Clément.

 

 

Les arbres comme tous les végétaux ont toute leur place dans la cité. Mais quelle place ? C’est le propos du travail de la céramiste Francine Michel exposé il y a encore quelques jours à Bourges, pour le second rendez-vous d’Une saison dans les Marais. Plus que jamais les constructeurs, les architectes, considèrent les arbres comme des éléments majeurs. Ici, à Séraucourt, la démarche n’était pas de planter après avoir construit, mais bien d’intégrer la nouvelle maison dans un milieu déjà arboré. Le résultat est là. Il suffit de se poster en haut des grands escaliers, sur le parvis de la nouvelle Maison, pour percevoir à quel point les beaux feuillus sont présents. Le regard porté sur la ville basse se pose sur des cimes plus lointaines alors que nous sommes à l’ombre des grands tilleuls. Le dessus et le dessous. Nous rêvons aux canopées tropicales, nous voyageons. Saine errance de l’esprit.

Le vent qui agite la ramure, ce vent grand acteur du jardin planétaire, cher à Gilles Clément, nous rappelle que les arbres et que les plantes que nous avons sacralisés viennent d’ailleurs. Les graines sont des voyageuses. C’est la beauté du grand brassage. « Le mouvement est liée à l’expression de la vie » constatait le jardinier paysagiste lors de sa venue il y a trois ans. Ainsi ces arbres aussi sont des acteurs, ils accompagnent magnifiquement ce nouveau lieu, un lieu si justement destiné au spectacle vivant.