Chronique #74

Les associés

Dessins Cathy Beauvallet
Texte et son Dominique Delajot

 

Associés ! Artistes associés. Ce terme contient à lui seul l’énergie et l’esprit du spectacle vivant. Il fait sens et dessine le lien qui unit ces actrices, ces acteurs, ces musiciennes, ces musiciens et la Maison de la Culture de Bourges. Elles et ils sont les habitants du camp de base, une notion créée par Olivier Atlan. Ils et elles occupent ce poste très avancé décrit par Camille Trouvé de la compagnie des Anges au Plafond comme : « une aventure qui se rêve ensemble ».

 

 

Ah ! Les Anges au Plafond, compagnons du grand bivouac depuis quatre années, fidèles parmi les fidèles, passionnés et passionnants. Eux, qui hissent les marionnettes dans le monde des humains, qui mêlent papier, lumière, son et musique. Ils jouent des mots, en font des notes, ils offrent de la pure poésie visuelle. En cela ils sont engagés et depuis longtemps sont entrés en poétique comme Michel et Émili, du Turak Théâtre, associés aussi, marionnettistes et créateurs géniaux d’un monde fait de surprises et d’imaginaire. Selon Émili, être associé, c’est « être complice » et Michel ajoute : « Nous cheminons ensemble, souvent nous échangeons et au bout du compte nous ne savons pas qui est l’auteur de l’idée qui a été retenue ».

 

 

Ce temps en commun n’est pas une partition écrite à l’avance. Pour Camille Rocailleux, musicien, compositeur, metteur en scène, cette « fidélité entre les artistes associés et la Maison de la Culture de Bourges est très importante. C’est un vrai moteur que d’avoir quelqu’un à vos côtés, y compris dans les moments de questionnement ». Tous évoquent cette complicité, élément qui échappe aux simples règles contractuelles. Nous sommes là en relation artistique étroite dans un rapport créatif essentiel et vital.

 

 

«  Nous avons vraiment confiance dans le retour que la Maison de la Culture nous fait quand nous discutons. Et cela change tout. Dans ce lieu nous nous sentons en sécurité, pas une sécurité pour être protégés et faire n’importe quoi, une sécurité pour risquer, pour aller plus loin ». Dorian Rossel de la compagnie STT s’exprime avec la générosité, la vivacité et le bonheur qui l’animent au quotidien. Le bonheur de vivre et de créer. Sans oublier l’humour qui s’invite souvent dans les échanges, de cet humour dont l’artiste suisse ne manque pas.

 

Dorian Rossel parle d’aller plus loin, le quatuor Tana ne s’en prive pas, il sait aller plus loin et là, la confiance est primordiale. Faute de ne pas avoir pu interpréter Eternity, devant un public, en raison du confinement en 2021, les musiciens belges ont enregistré et filmé leur programme, leur concert seuls sur scène. 

« L’équipe de la Maison de la Culture nous a permis de tester cette idée grandeur nature ».  Antoine Maisonhaute violoniste de Tana, reconnaît même qu’il fallait oser accepter la proposition pour l’inauguration de la nouvelle Maison, avec des enfants amateurs-chanteurs et un concert de sonnettes de vélos en déambulation.  « Si nous n’avions pas eu une équipe comme celle de la Maison de la Culture pour nous épauler dans ce délire-là, qui ne correspond pas à une proposition d’un quatuor classique, ce moment n’aurait jamais pu exister ». 

 

 

Un Everest créatif

Sans tomber dans la caricature, nous pouvons parler d’une grande famille, non ce n’est pas trop, bien au contraire, sautons à pieds joints, le poncif peut être souverain. « Nous avons l’impression d’avoir comme un grand frère bienveillant, un téléphone à appeler parce que l’on sait que nous sommes accompagnés, que nous ne sommes pas isolés, et notamment pendant la période de confinement, cela nous a fait vraiment du bien » explique Romain de la compagnie Akoreacro. Romain connaît la prise de risque, les artistes circassiens la vivent tous les Jours. Après cette étrange année de doute sanitaire, l’espérance est salutaire. Romain compare, la nouvelle Maison à un Eldorado.

 

 

Lors d’un échange avec Julie Delille, artiste associée, elle confiait : « quand on s’attache à des références, je préfère que ce soit des références sensibles plutôt qu’intellectuelles ». L’artiste évoque cet acte qui consiste « à partir à l’assaut d’un Everest créatif ».

À chaque fois que nous sommes emmenés là-haut, nous voyons loin, et ainsi, remplis de bonheur, revivifiés par cet oxygène, nous avons plaisir à imaginer ce beau camp de base.