Chronique #70

Les artistes au jardin

Dessins : Cathy Beauvallet
Texte et son : Dominique Delajot

 

C’est un mur en grillage, c’est le mur des poètes. Là, au bout du bout de la rue de Babylone à deux pas de La Voiselle, une parcelle, simple, belle de beaux mots affichés. Une parcelle bien entretenue appartenant à un amoureux d’art et de littérature. « Pour y passer un lapin devait baisser les oreilles » se souvient Michel Labonne, le généreux propriétaire qui a défriché ce petit espace situé dans les marais de Bourges, place des Chenus. Et sur cette bande de terre bordée par un chemin qui serpente en bordure d’eau, des artistes invitées par la Maison de la Culture ont installé des œuvres. Laurence Bernard, Karine Bonneval, Francine Michel sont plasticiennes.

 

 

Il suffit de suivre l’itinéraire fléché pour découvrir Une saison dans les marais, la deuxième du nom. Un rendez-vous aussi surprenant qu’agréable en cette période de silence culturel. Ceinte de ces poèmes accrochés à la clôture, l’installation a le mérite d’être ici chez elle tant le propos des trois femmes-artistes fait appel à des références végétales. Karine Bonneval avec Vertimus nous sensibilise à la mobilité des arbres doués, comme nous, de proprioception, cette perception de la position des différentes parties de notre corps. Francine Michel questionne les relations entre nature et bâti. Elle s’interroge sur la place des arbres dans les villes en nous montrant des tours, des totems en céramique qui s’élancent vers les nuages et qui semblent reprendre l’idée d’un Haïku accroché non loin : Fourmi ! Tu as beau grimper à la rose. Le soleil est encore loin ».

 

 

Les poèmes parfois s’envolent

« Je viens d’une région où la nature est grandiose, mais ici il y a quelque chose de particulier que j’apprécie », confiait Michel Labonne à Martine Pesez, qui consacra au jardin des poètes un article dans les colonnes du Berry républicain en 2018.  « Je voulais faire un lieu dédié à la littérature, mais je ne pensais pas que cela prendrait une telle ampleur » dit aujourd’hui cet enseignant-écrivain. Michel Labonne reçoit des dizaines de petits textes mais aussi des pliages, de l’origami en plein air pour les promeneurs. Le jardinier littéraire ne censure jamais. Depuis trois ans il a planté quelques arbres fruitiers et une haie odorante. Le jasmin, le seringuat, le chèvrefeuille accompagnent la lecture du passant.

Michel Labonne apprécie les travaux exposés sur son terrain. Tout cet ensemble raconte une belle histoire. Et les marais, zones d’eau et de terres mêlées, en tous lieux sont propices aux histoires. Dans ces espaces grandit l’imagination. Avec l’installation intitulée Une échappée , Laurence Bernard interroge la capacité de la nature à s’emparer de l’humain et à se le réapproprier au fil des mois. Elle a ainsi imaginé une légende qui passe de bouche à oreilles avec des êtres extraordinaires

C’est un mur en grillage, c’est le mur des poètes, le mur des dessins et des citations. Parfois elles s’envolent avec le vent.  Il en est même une extraite de l’œuvre de Vladimir Jankélévitch qui nous rappelle: « il n’est rien de si précieux que le temps de notre vie… ». Alors Il ne faut pas rater cette occasion, d’autant que la saison 2 dans les Marais ne dure qu’un moment. Le philosophe originaire de Bourges nous l’a dit « l’instant occasionnel est une chance infiniment précieuse qu’il ne faut pas laisser échapper ».