Chronique #65

Tout commence par la lumière

Dessins : Cathy Beauvallet
Texte et son : Dominique Delajot

 

« La photo c’est la lumière ». En prononçant ces quelques mots à l’aube des années 1980, un photographe américain oriente le jeune Kim vers une profession qu’il exerce aujourd’hui avec talent et connaissance. Le pouvoir des petites phrases peut relever du prodige.

Kim a alors vingt ans, sa formation d’électrotechnicien n’a pas occulté sa passion, une passion qui va guider son choix. Au début de sa carrière, il refuse un poste bien rémunéré dans une PME pour accomplir un stage de huit mois à la Maison de la Culture comme éclairagiste.

La lumière l’emmènera donc sur les chemins du spectacle vivant. En 1981, le ministre Jacques Lang dit de la Culture qu’elle doit « contaminer l’État ». Aujourd’hui le mot résonne étrangement.

Voilà donc Kim régisseur lumière, il devient par la suite régisseur général puis, plus tard, directeur technique. Certes, ce dernier poste l’éloigne un peu des plateaux, mais les racines de l’expérience vous donnent une irremplaçable maîtrise et le hasard vous convie souvent à vivre de belles aventures.

Á l’aube du XXI e siècle, le projet de construction d’une nouvelle maison apparaît comme un autre défi. C’est aussi la photographie qui vient à l’esprit de Kim pour évoquer cette étape : « Quand je suis assis en haut des gradins, sur le béton brut de la nouvelle maison, j’imagine le public, j’entends les gens applaudir. Comme le photographe qui voit déjà la photo dans son objectif avant d’appuyer sur le déclencheur ».

 

 

Le savoir-faire c’est la fiabilité qui se mêle à l’intelligence. Et là nous ne sommes plus dans les mots mais plutôt dans les plans et les chiffres. Au fil du chantier, il a fallu gagner la confiance de la maîtrise d’œuvre et de la maîtrise d’ouvrage pour que les observations et les modifications souhaitées par Kim soit prises en compte. Pour être entendu, il ne faut pas se tromper. « Oui, il faut potasser son sujet. Les installations scéniques ont des interactions avec les installations structurelles », explique celui qui connaît le moindre recoin de la future maison.

Donc, depuis dix ans, Kim voit le grand vaisseau grandir et il participe à sa naissance. Et tout ne sera pas fini le jour de l’inauguration. « L’histoire ne se termine pas comme ça en un jour, il faut plusieurs saisons pour que la technologie et la technique d’un bâtiment comme celui-là se stabilisent. Il y a le chauffage, la réaction des fauteuils, des murs. Les levers de rideaux qui doivent se faire sans latence », et tout ça c’est beaucoup de stress.

Le métier a évolué, l’informatique, le numérique ont remplacé la force humaine. Il faut être vigilant, pas question de prendre à la légère une décision quand un poids de 500 kilos descend à plus d’un mètre par seconde, les informations rentrées au préalable doivent être juste à cent pour cent.

 

 

Kim est un homme discret, en peu de mots il sait dire l’essentiel, ainsi quand on lui demande ce qu’est la technique dans son domaine il répond : « c’est rendre possible les choses nécessaires ». Il y a dans la complexité des machineries une réalité qui côtoie la poésie, c’est sans doute ce qui lui fait dire aussi : «  la technique c’est la tige de la rose quand on la cueille ».