Chronique #62

Pas fade la façade

Dessins : Cathy Beauvallet
Texte et son : Dominique Delajot

 

Ce n’est plus qu’une façade, mais qu’elle façade !
Inscrite depuis presque six décennies dans le paysage berruyer, avec ses danseuses sculptées au fronton, elle demeure aujourd’hui l’emblème de ce qui fut le creuset de la culture à Bourges durant toute la seconde partie du 20 e siècle, en jouant le trait d’union avec le troisième millénaire.

Derrière ce décor un peu à la Schuiten, il n’y a plus rien, ou presque rien, en tout cas beaucoup de vide avec de beaux restes mais aussi un désordre de gravats à la place du grand et du petit théâtre où les plus célèbres acteurs ont joué.

Ici, dans ce qui fut la première Maison de la Culture, les berruyers ont vu, lu, entendu, découvert, partagé, aimé. Ici ce sont joués des moments de vie, intenses, ici se sont construits des instants essentiels.

L’édifice fut d’abord salle des fêtes avec une construction commencée en 1937 et interrompue par la seconde guerre mondiale. Le chantier a repris en 1961. C’est l’architecte Marcel Pinon qui a conçu ce bâtiment.

Sa fille Anne-Lucie Clausse qui était petite à l’époque, se rappelle des plans sur les tables à dessins. « J’étais trop petite pour avoir aujourd’hui  beaucoup de souvenirs, mais je  sais que cette maison est le fruit aussi d’artisans locaux. Je me souviens de papa travaillant avec François-Émile Popineau, le sculpteur qui a réalisé la frise. L’ensemble était une œuvre locale ».

 

 

« Je me souviens aussi de l’inauguration et de ce grand hall à l’entrée où Calder avait créé son stabile, Caliban » . Un Stabile qui déplacé a été installé à l’extérieur de l’hôtel des Échevins, le musée Estève. Anne-Lucie revoit les volumes intérieurs de l’ancienne Maison et comme de très nombreux berruyers elle se remémore tous les instants passés aux spectacles et dans la lumineuse cafétéria aux grandes baies vitrées. « C ‘était la maison de tous », dit-elle.

 

 

Aujourd’hui, la grande façade, si elle est aveugle, c’est à dire dépourvu d’ouvertures, de fenêtres, elle vit autrement grâce aux graffeurs qui viennent exprimer leur talent sur ce qu’il convient d’appeler le Mur. Depuis 2017, ils sont nombreux à répondre aux invitations de l’association Urb’annale et à peindre sur une surface de douze mètres sur trois mètres, des œuvres éphémères, comme celle qui est là depuis décembre dernier et qui est signée Jo Di Bona, une figure de la scène Street Art parisienne.

 

 

Et puis, un bel éclairage est récemment apparu pour ceux qui désespèrent de voir un site si important se retrouver si délaissé. Sur une proposition d’Irène Félix, présidente de la communauté d’agglomération Bourges Plus, l’ensemble devrait être valorisé. L’élue a évoqué avec Yann Galut, maire de Bourges, le projet de transférer en ces lieux une partie des services de l’agglomération, où travailleraient là entre 150 et 200 agents, ce qui contribuerait à la revalorisation du cœur de ville. Cette présence donnerait aussi une visibilité assumée à l’Agglo. Par ailleurs, si tout est encore à écrire sur ce projet, il est également envisagé d’accueillir aussi en ce lieu, l’office de tourisme et le service du patrimoine de la ville. « Le bâtiment a été abandonné depuis une dizaine d’années et face à cet abandon j’ai voulu faire une proposition », explique Irène Félix, qui parle « d’ornière, de blessure » à propos de cette friche, cachée derrière cette façade classée. « Il était impensable de rester à ne rien faire face à ce qui est une plaie ouverte ». Interrogée sur un éventuel calendrier, l’élue explique en souriant : « nous avons un mandat ».

 

Une culture en mouvement

 

Un avenir plus lumineux pour un vaste espace en sourdine. Ce n’est donc pas une proposition saugrenue d’Olivier Leroi, dans le cadre du 1 % artistique de la nouvelle Maison en construction, d’installer en haut du frontispice une sculpture de cerf, comme une apparition. La symbolique résonne fortement en pays boisé, la forêt en Berry est un élément majeur de l’environnement et de l’histoire. Comme en écho, une représentation d’un mouton sera placée sur le château d’eau, construit en 1865, devenu Château d’Art au bout de la place Séraucourt. Une biche sera aussi fixée sur le toit de la future Maison. Ainsi les trois architectures marquantes montreront que la culture à Bourges ne sera jamais vraiment renfermée et sera toujours essentielle.