Chronique #60

Sans violon, tous en selle !

Dessins : Cathy Beauvallet
Texte et son : Dominique Delajot

 

Ingres avait son violon, les violonistes de Tana ont leurs vélos. C’est ainsi. Le peintre du Bain Turc, œuvre mémorable, jouait de l’instrument à cordes avec passion et talent, Yvan et Antoine pratiquent le vélo avec entrain et entrainement. Le vélo est aux deux violonistes ce que le violon était à Jean-Auguste-Dominique.

Mais comment ces deux musiciens peuvent être si accro à la petite reine ? L’histoire commence au début d’une journée de pause, lors d’une tournée du quatuor de passage au cœur de la Provence. Yvan raconte la découverte du mont Ventoux en deux roues. Une découverte qui l’incite par la suite à s’inscrire dans un club de cyclo et de convaincre Antoine d’en faire de même.

 

Les Cinglés du Ventoux

Quelque temps plus tard les deux violonistes relèvent le défi baptisé les Cinglés du Ventoux. Aventure qui consiste à effectuer trois fois de suite, le même jour, l’ascension du célèbre mont avec ses dénivelés et son sommet aride à plus de 1900 mètres d’altitude. Presque de la démesure pour des musiciens. Ce n’est plus de la performance, c’est du talent.  

Certes, les deux artistes reconnaissent être chacun de vrais sportifs, Yvan fait du triathlon, mais le vélo apporte bien plus que les effets d’un effort physique. Lors du premier confinement en Belgique, le deux-roues a permis notamment à Antoine de « s’aérer l’esprit ». Antoine, masqué, expliquait encore la semaine dernière que les dates reportées, annulées et cette navigation à vue avec la crise sanitaire actuelle : «sont très dures à vivre, même quand on a la volonté sans cesse de se réinventer, d’avoir des projets, d’en imaginer ». Le vélo est alors un défouloir.

Cependant, la bicyclette n’est pas au violon ce que le nadir est au zénith, les deux ne sont pas à ce point opposés. Il y a même, à dire vrai, des territoires communs. Ne serait-ce que l’effort. Le musicien le gère en concert, le cycliste le travaille avec intelligence et prévoyance. Et puis la mécanique des roues bruit presque comme un métronome.

 

Musique pour 111 sonnettes

Le son du cycle a d’ailleurs inspiré de nombreux compositeurs comme Mauricio Kagel, musicien argentin qui a créé Eine Brise, performance pour 111 cyclistes.  « Selon le principe de la grande clameur urbaine avec des coureurs qui actionnent leurs sonnettes à des moments très précis sur une boucle parcourue un certain nombre de fois ». Antoine et Yvan donnent le ton de ce que le quatuor a imaginé pour le début de notre futur bel été 2021 à Bourges. 

Rassurons tout le monde : Tana ne déraille pas. En juin prochain des amateurs volontaires du Berry  pourront interpréter cette étonnante composition. Musiciens, envolez-vous en vélo ! Sans violon, tous en selle ! 

Ils sont comme ça les artistes de Tana. Ils aiment créer, imaginer, transmettre. C’est d’ailleurs ce qu’ils ont fait en Berry en ce début du mois de décembre à l’école de Châteaumeillant. Grâce à eux des dizaines d’enfants ont découvert les arcanes de la composition musicale. Comme le vélo, la musique est un vaste monde, c’est bien plus qu’un simple son retransmis par une enceinte. C’est tellement bien quand la culture va là où on ne l’attend pas.