Chronique #58

Comme le rêve, la culture est essentielle

Dessins : Cathy Beauvallet
Texte et son : Dominique Delajot

 

Écoutez ! Ça fait du bien. Écoutez !

 

 

 

C’était un mot qui jadis signifiait la désorganisation, puis il fut poli dans le courant des usages au fil des siècles, usé il finit par signifier le trouble moral. Le mot « désarroi », prononcé par Camille Rocailleux à propos de la période de confinement, de privation culturelle, témoigne du manque terrible qui obscurcit la vie des spectateurs forcés à l’isolement et des artistes condamnés au silence, mais cette absence n’est pas un adieu.  Musicien, metteur en scène, créateurs aux productions protéiformes, associé à la maisondelaculture de Bourges, Camille Rocailleux avec ce terme désarroi définit le manque qui nous mine et qui devient plaie provoquée par le débat stérile à propos de ce qui serait ou qui ne serait pas essentiel à nos vies.

 

 

Oui, les artistes ont besoin d’applaudissements, oui, le spectateur a besoin d’applaudissements, besoin de ce clap-clap-clap… qui dure, qui dure… De ce murmure qui comme une vague circule dans le public heureux d’avoir assisté à un moment spectaculaire… Heureux d’avoir participé à cet instant. Eh oui, quels moments ! Parce que, sachez-le, les acteurs, les musiciens sentent, entendent, perçoivent les femmes, les hommes, les enfants qui forment l’espace, là, au pied de la scène, ou autour… mais là, bien là. Les soupirs, les éternuements, les raclements, les frottements, les impatiences…. rien n’échappe aux artistes cependant concentrés. Cela fait partie du spectacle, du spectacle vivant. Et cette épaisseur, ce partage non-dit nous manque et ce manque nous afflige et fait pâlir notre besoin d’exister.

 

 

Vous vous souvenez, de la folle imagination de monsieur Tokbar, voyageur en Turakie.  Il s’agit bien de ne pas la perdre, la mémoire. Cette mémoire qui nous fait percevoir encore le son de ces voix sur la scène, de ces sons qui nous transportaient ailleurs si facilement. Artistes associés également à la maisondelaculture, le Turak Théâtre l’an passé n’avait pas pu nous faire partager son spectacle déambulatoire au printemps, la pandémie en avait décidé autrement. Mais elles reviendront, les étranges grandes marionnettes sont toujours animées, quelque-part, dans un coin perdu de montagne.

 

 

Michel Laubu aime à dire qu’il a commencé sa carrière en 1979, quand il était au lycée, alors il ne comprend pas le débat sur l’essentiel, la culture comme un élément essentiel : « pour moi tout cela fait partie de mon quotidien, de l’essentiel de la vie, c’est à dire comment nous faisons rêver. Les scientifiques ont démontré que le rêve était essentiel, tout travail artistique fait partie de cet ordre ». Michel Laubu construit des spectacles comme nous fabriquons des cabanes, des observatoires sur le monde. Ainsi précisé nous comprenons mieux ce que créer veut dire.