Chronique #55

Une biche sur le toit

Dessins : Cathy Beauvallet
Texte : Dominique Delajot

 

Au milieu d’une clairière, une maison. Une demeure solognote, isolée au bord d’une route dont les bas-côtés sont labourés par les sangliers. Ce petit ruban d’asphalte disparaît dans la forêt en adoptant la terre battue. Ah ! la forêt. Elle est ici partout, tout autour.

Cette route mute quelques mètres après cette maison où depuis longtemps Olivier Leroi travaille, c’est là où il réalise une partie de ses œuvres, quand il n’est pas ailleurs où son imagination et surtout son envie lui dictent de partir faire un tour. Et c’est parfois très loin. Cette maison n’est pas en Amazonie mais en Sologne, la terre est un peu comme son jardin.

Jusqu’au mois de septembre dernier, il était difficile de faire le lien entre la maisondelaculture et cet artiste né à Romorantin. Nous nous intéressons à lui pour notre carnet de bord, puisque début septembre le public berruyer apprenait qu’il était choisi pour le 1 % artistique. Cette procédure depuis longtemps impose de consacrer 1 % du coût de la construction – en l’occurrence la nouvelle maisondelaculture – à l’œuvre d’un artiste vivant, le principe est né officiellement à l’aube des années 1950, mais ceci est une autre histoire. Olivier Leroi est le candidat qui a été retenu.

Des animaux sur le toit

à partir d’ici, il faut que nous soyons très clairs, nous ne dirons rien, ou presque, de l’œuvre en question, mais nous en reparlerons. Nous avons rencontré Olivier, curieux étions nous de savoir ce qui animait sa vie, ses occupations. Parce que c’est toujours important de bien connaître les personnes avant d’évoquer leur travail

Alors donc, quand vous entamez la discussion en demandant à Olivier Leroi de définir sa pratique artistique, attendez-vous à partir loin. En Antarctique et dans la foulée en hélicoptère au-dessus de la Loire, attendez-vous à vous asseoir sur le canapé de Michel Drucker avant d’atterrir au Mali pour voir tomber la neige au pays Dogon. Oui ! c’est ainsi, les œuvres d’Olivier Leroi sont faites d’happenings, de performances, de tableaux, d’installations.

Certes, ce résumé est un peu rapide, mais ceci pour donner la mesure d’un monde comme un puits sans fond d’où l’artiste fait ressortir des productions poétiques, teintées d’humour, de digression et de beaucoup d’autres choses qui font le plaisir de l’écoute et de la vision 1.

 

Un rapide aperçu

Revenons à nos moutons, tout du moins à celui que l’artiste prévoit d’installer au-dessus du château d’eau. Il répondra à la biche placée sur le toit de la nouvelle maison de la culture, qui elle-même répondra, peut-être, au brame du cerf placé sur l’ancienne maison historique. Et c’est dans ce trio que nous retrouvons les bases du travail d’Olivier. Enfin, pas franchement les bases, mais le rapport à la nature qui habite toujours son travail.

Il faudra ajouter à ces animaux perchés sur des bâtiments culturels, des rencontres en forêt avec des gens de milieux très différents. La forêt encore et encore, mais Olivier sort souvent du bois, son travail est avant tout lié à sa présence, au lieu, aux personnes, aux éléments qu’il rencontre et dont il donne des interprétations dans lesquelles l’humour s’invite parfois, et s’il joue avec les mots son travail est plus intense que le jeu de mots, que la simple posture. Attendons, mais il existe déjà une évidence, il s’inscrit dans l’histoire culturelle de Bourges.

1 : Chronopoétique : C’est le titre d’un livre paru aux éditions Actes Sud et qui présente l’ensemble du travail d’Olivier Leroi.