Chronique #54

Transmettre et partager

« Le spectacle se déploie quand le public est là », expliquait Julie Delille en février dernier. C‘était juste avant le confinement, lors d’une répétition alors que la troupe du Théâtre des trois Parques était en résidence à la maisondelaculture afin de travailler sur Seul ce qui brûle.


Cette pièce a été jouée durant trois jours à Bourges la semaine dernière. C’est elle qui ouvrait la saison in situ à l’auditorium. À chaque fois, à chaque création, Julie nous a portés loin dans son univers créatif, un monde étrange et fascinant. Du grand art vivant.

Cheminer avec les artistes

« Julie Delille est une artiste associée depuis trois saisons », dit Audrey. Il est vrai que Julie accompagne la démarche de la maisondelaculture. Outre les créations, il y a les ateliers, les rendez-vous décentralisés. Et Julie aime s’impliquer dans l’action culturelle sur le territoire. « Nous savons qu’avec Julie nous allons faire un bout de chemin ensemble ».

 

 

Arrivés là, il est temps de présenter Audrey qui entre ici en chronique comme on entre en scène, discrète, mais d’une redoutable efficacité ! Elle est un personnage majeur de l’équipe de la maisondelaculure. Audrey est secrétaire générale. Comme toujours quand on occupe ce poste desservi par une dénomination aux contours flous, on sait tout et souvent on ne dit rien. Les secrétaires généraux gardent le secret, comme l’appellation l’indique, mais plus que le secret, puisque la direction vous nomme à ce poste, vous gardez le cap. Le capitaine du vaisseau vous fait confiance.

 

Audrey participe activement aux choix des spectacles, il est sans doute aisé de deviner les touches qu’elle insuffle dans la programmation quand vous savez qu’elle fut un temps comédienne et que sa sensibilité porte vers les créations jeune public, le monde des marionnettes et le théâtre d’objets. La secrétaire générale est arrivée en 2012 après avoir exercé un peu tous les métiers qui existent au sein des structures culturelles.

Ils sont trois à bâtir le contenu de la saison avec Anne-Sophie, l’administratrice et Olivier, le boss. Évidemment, si Audrey parle d’une grande confiance au sein de ce triumvirat, nous percevons bien la petite angoisse qui habite celui ou celle qui a convaincu les autres, le jour J, quand le spectacle est joué sur la scène à Bourges, même si, avant il y a eu des rencontres avec la direction. La vérité sur scène est parfois tout autre.

Certes, il y a les valeurs sûres boostées naturellement par la célébrité d’un artiste qui remplit la salle et rencontre le public assurément sans condition. Non ! les créations qu’aime défendre Audrey, comme ses collègues, ce sont celles qui n’ont pas forcément le visa du public avant la représentation. « Ce que nous aimons défendre aussi, ce sont les spectacles qui ne se dévoilent pas tout de suite, pour lesquels il faut trouver de l’argumentaire quand on dit : il ne faut vraiment pas louper ce moment-là. Ce sont ces spectacles auxquels nous avons envie de croire. Nous faisons ce métier pour porter la parole des artistes, pour qu’il y ait une vraie rencontre avec le public en toute honnêteté et en toute sincérité ».

Et l’enjeu est de taille, en matière de spectacle vivant, une mauvaise expérience peut être fatale. Vous revenez facilement au cinéma après avoir vu un mauvais film, en revanche vous boudez le théâtre quand vous avez été déçu par une pièce. C’est encore plus vrai si celle-ci fait partie de vos premières expériences théâtrales.

Si les artistes font l’œuvre, s’ils font pour ainsi dire tout en la matière, le rôle de transmission fait partie du geste artistique. Pour cette raison, Audrey exerce son métier avec passion.