Le silence et l’esprit du lieu

Chronique dessinée # 53

Dessins : Cathy Beauvallet
Texte : Dominique Delajot

 

Comme nous aimons filer la métaphore maritime à propos de la saison nouvelle de la maisondelaculture et alors que nous évoquions les îles dans une précédente chronique, poursuivons ainsi et posons-nous sur le rivage d’un continent presqu’île.

Sur ce continent, la maisondelaculture a accosté l’espace d’une soirée, d’une Étonnante soirée, comme elle aime à le faire tous les ans en inscrivant l’abbaye de Noirlac, dans sa programmation. L’ensemble du site de l’abbaye est un magnifique territoire, un enclos paradoxalement ouvert grâce à l’inventivité, à l’intelligence et à l’audace de Paul Fournier. Nous ne sommes pas là pour faire éloge, mais pour pointer un fait, le spectacle vivant semble habiter ici dans une autre dimension parce qu’il prend très justement en compte le lieu.

Directeur depuis treize ans du Centre Culturel de Rencontre qui redonne vie au site cistercien, Paul a su imaginer dans un premier temps puis par la suite composer selon un principe original et fondamental : « un lieu comme matrice de la découverte ». L’abbaye de Noirlac n’est pas là pour « singer un théâtre ou une salle de spectacle, ici nous ne sommes jamais dans la frontalité, public/artiste ».

Une autre dimension

Il y a un fait indéniable dans les propositions de Noirlac, il existe au sein de l’abbaye quelque chose d’un autre ordre. Une part endormie et réveillée qui coïncide avec les problématiques actuelles, cet ordre se résume par un concept basé sur un ménage à trois : public/artiste/lieu. Tout est dit, tout est là, l’étonnante soirée de ce samedi 26 septembre en est un bel exemple. Et puisqu’il est question d’ordre, revenons aux origines.

Paul Fournier avant d’être nommé ici, a lu des textes de Saint Bernard après avoir visité l’abbaye. Celui qui établit au XI e siècle les règles cisterciennes, n’aurait sans doute ou peut-être pas apprécié qu’on occupe l’espace religieux avec des offres qui accaparent autrement l’esprit, mais peu importe, ce qui a frappé Paul Fournier dans les textes de Saint Bernard, c’est la place qu’il donne au silence.

 

 

Fine analyse d’un directeur formé à la musique. Parce que l’ensemble de la proposition au fil des ans repose sur le silence. Mais le son plus que la musique est là depuis si longtemps, dans les pierres de l’abbatiale, dans les hautes herbes du bocage, dans l’environnement où des hommes se sont tus pour mieux s’écouter eux-mêmes. Une prégnance qui se réimpose parce qu’un directeur a su prêter l’oreille à ce silence qui ainsi a engendré des dizaines et des dizaines de spectacles, de créations. Paul Fournier parle de « faits sonores ».

Oui ! Noirlac est le lieu du fait sonore. Et le jardin naissant signé du paysagiste Gilles Clément, notamment avec cet espace au cœur du Cloître qui semble refléter le ciel et ses nuages, joue aussi avec le son d’une nature qui enveloppe Noirlac.

Noirlac donne aujourd’hui de la force à la fragilité des sons, révèle la profondeur des propositions des créateurs parce que dans cette saine trinité artiste/ public/ théâtre, les spectateurs ne sont pas passifs mais actifs. « Vous choisissez de rentrer dans l’écoute » dit Paul. « Le spectateur rentre dans l’histoire ».

Alors outre les expériences sonores, les spectacles, les concerts, Noirlac possède un studio où sont enregistrés quatre ou cinq disques par an, les artistes proviennent d’univers différents. Une cartographie sonore de l’environnement a même été réalisée. Le son, toujours le son dans cet univers au passé monacal. En offrant aussi des résidences musicales, l’abbaye de Noirlac rayonne au XXI e siècle grâce à l’engagement de toute une équipe.

En mettant ainsi dans sa programmation des moments à vivre à l’abbaye de Noirlac, la maisondelaculture montre qu’elle écoute et participe au fondamental partage. 

 

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