Première chronique dessinée
de la saison

Chronique dessinée # 52

Dessins : Cathy Beauvallet
Texte : Dominique Delajot

La saison des semailles

La saison est le fruit du mot semailles, il revient ainsi, en intervalle, de l’automne à l’été. Les saisons se succèdent, elles sont issues d’une polyculture nourricière parce que l’esprit aussi a de l’appétit. Depuis longtemps nous en prenons de la graine et nous apprécions ces moments durant lesquels elles nous sont si justement présentées. Ce fut le cas vendredi dernier dans la grande salle de l’auditorium où les uns et les autres masqués, nous avons pu parcourir, grâce aux fragments commentés, la vaste étendue des spectacles à venir et ainsi appréhender le contenu de la programmation. Une programmation concoctée par Olivier Atlan et son équipe, inspirés par le bonheur du partage.

Oui ! l’esprit aussi a de l’appétit. À propos de partage, rappelons une phrase d’Émile Biasini, directeur au ministère des affaires culturelles en 1961 : «  le patrimoine culturel de la France appartient à tous les français, quelle que soit leur situation géographique et quelle que soit leur situation sociale, ceci en brisant tous les privilège de la société et toutes les inhibitions qui peuvent résulter de démarches anciennes ou de situations anciennes qui font que certains n’osent pas aller au théâtre, n’osent pas aller au concert, n’osent pas aller voir des expositions. Les maisons de la culture doivent être des lieux de familiarisation, de rencontre, de sources de tentation culturelle pour tous ».

L’homme qui impose à la télévision les Shadocks en 1968 est un homme qui comptera dans les décisions des décennies qui suivirent une année mémorable. La voix de Claude Piéplu nous le disait alors : nos Shadocks pompaient et ils donnaient de l’air au petit écran, la série culte a ainsi inspiré de nombreuses générations. Pourquoi ici, évoquer la planète de nos héros ubuesques ? Eh bien tout simplement parce que la référence est de haute tenue scientifique : leur astéroïde changeait sans arrêt de forme, il n’était pas monotone. La fiction nous faisait rêver, et nous adorons les rêves. Le spectacle vivant aussi nous fait rêver. Mais revenons donc à la présentation de la programmation.

Des îles à découvrir

C’était vendredi soir et cette soirée compte énormément dans la nouvelle traversée qui s’annonce. Oui ! nous adorons la métaphore maritime, les chroniques de ce carnet de bord sont là pour rendre compte. Comme l’a écrit Olivier de Kersauson dans l’Atlas des îles abandonnées : « pour être bien certain d’habiter le plus bel endroit du monde (…) il faut tout voir, essayer tous les séjours ». Usons de cette référence au moins pour le plaisir de l’usage de l’allégorie : « l’île est le paradis de la connaissance de soi », écrit aussi le navigateur. Tout le monde le sait : les spectacles sont des îles que chacun découvre au fil de la saison.

Claire, jeune spectatrice assidue, nous confiait en juin dernier : « quand je vais au spectacle, je traverse des émotions ». Ces traversées nous apportent l’essentiel, parfois même sans que nous le sachions. « Je n’imagine pas mon monde sans le spectacle, dit aussi Claire qui prend l’exemple de la musique pour expliquer que rien ne peut remplacer le spectacle vivant : « écouter de la musique et aller au concert ce n’est pas la même chose ». Au théâtre nous nous nourrissons mais nous ne consommons pas : « dans le mot divertissement il y a de la consommation parce qu’il y a de l’immédiateté. La culture c’est du long terme et je n’ai jamais l’impression de perdre mon temps quand je vais au théâtre ».

 

 

Olivier Atlan, l’a joliment dit vendredi soir, nous éprouvons un vrai plaisir à nous retrouver et à naviguer de nouveau ensemble jusqu’à l’été prochain, après cette longue période de privation. Sans spectacle depuis le confinement, nous étions comme privés d’émotion. Dans un an, c’est à bord du grand navire encore en construction que tout le monde montera pour appareiller. Mais vivons l’instant, nous voilà de nouveau partis pour le grand large et c’est encore une sacrée bouffée d’air qui nous arrive.

carnets de bord