Alis dans la ville

Chronique dessinée # 48

Dessins : Cathy Beauvallet
Texte : Dominique Delajot

 

Á peine embauchée, elle fut confinée, chez elle. L’histoire pourrait être banale, si tant est que le confinement est une affaire banale, mais voilà ce n’est pas une anecdote quand à 22 ans vous décrochez votre premier CDI dans une maison qui bénéficie d’une sacrée réputation, que vous êtes, par la force d’un virus, contrainte de rester chez vous après quinze jours de travail, claquemurée ainsi, et que vous ne connaissez personne dans une ville si belle mais si déserte. C’est le début du récit, le début marquant d’une grande aventure, ainsi commence l’histoire berruyère d’Alis.

 

 

C’est en février dernier que tout s’enclenche, fin février exactement. Alis arrive de Normandie après avoir été embauchée à la maisondelaculture de Bourges comme habilleuse pour remplacer Geneviève, en retraite. Geneviève qui fut fidèle au poste derrière sa machine à coudre, durant trente-cinq ans, dans les coulisses, mais aussi près de tous ces comédiens, de toutes ces actrices et ces acteurs souvent très célèbres. Geneviève est partie et Alis prend le relais.

 

Et soudain !

Dès son arrivée, dès les premiers jours, Alis est heureuse, elle goûte pour ainsi dire son bonheur, celui d’avoir été choisie parmi toutes les candidates après un entretien d’embauche en janvier dernier. De Normandie elle débarque donc en Haut Berry le 25 février, elle passe sa première semaine à découvrir l’équipe et aussi son espace de travail, puis par la suite elle entre en action. Elle commence par la préparation des loges pour les changements rapides de costumes durant le spectacle Romances inciertos, qui doit se jouer le 13 mars.

Et soudain arrive le confinement, il faut tout démonter, y compris l’atelier : « Nous courions partout pour que les trois loges soient prêtes à l’heure. Nous avons tout rangé, et tout le monde est rentré chez soi » ». La jeune femme n’en revient pas. C’est ainsi. Alis se retrouve donc à Bourges, dans son appartement. « Du coup j’ai appris à connaître mes voisines. Dans le petit immeuble, nous discutions entre filles, dans la cour ». Avant le confinement, quand elle a emménagé, elle avait pris le temps de découvrir la ville en repérant les professionnels utiles pour son activité. Mais Bourges reste encore un peu une ville mystère.

Alis n’a pas vu in situ, le chantier de la future maison, mais elle en a fait le tour, plusieurs fois, c’est même la première chose qu’elle avait inscrite dans son programme. Et puis on lui a montré les plans, les loges, la salle de couture, enfin son futur espace. « Il y a des fenêtres partout, je pourrai travailler à la lumière naturelle. Ce sera génial… » ! Le 11 mai, apparaît un nouveau mot : le déconfinement. Alors, Alis revient dans les actuels locaux au Pré Doulet. Et que fait-elle Alis ? Eh bien, elle fait ce qu’elle sait très bien faire : elle trace, elle coupe, elle pique, elle coud. Elle fabrique des masques, des dizaines, pour le personnel, dans les ateliers, dans les bureaux… Des masques qui ne sont pas théâtraux, mais qui sont d’une grande utilité.

Après avoir choisi une filière menant à un brevet de technicienne du métier du spectacle option habillage et un diplôme de métier d’art pour être habilleuse, Alis a donc commencé sa vie professionnelle ainsi. Osons comparer cet instant à un filage, avant le grand rendez-vous avec le public. Alis aime ce métier.

Parce que le métier d’habilleuse, ce n’est pas celui de la costumière. La costumière réalise le costume dans l’atelier. Une fois fini, elle a terminé son travail la costumière. L’habilleuse, elle est en relation avec les comédiennes, les comédiens. Elle les aide dans les changements de costumes, elle les observe quand ils entrent dans leur personnage. « Nous voyons le costume sur scène avec les lumières, il faut anticiper, bref… nous assistons en direct à la vie du théâtre ». L’habilleuse c’est la costumière en temps réel. Parce que le théâtre, c’est une part de réalité révélée.

 

Alis nous explique la différence entre les métiers de la costumière et de l’habilleuse

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