Dessaisonner

Chronique dessinée # 46

Dessins : Cathy Beauvallet
Texte : Dominique Delajot

C’était un petit jardin, le jardin des plantes, il avait quatre entrées. L’une était discrète, plus que les autres aux larges grilles. Cette petite entrée donnait sur la rue Massiou en face le lycée Fénelon. A l’Ouest du petit jardin, le muséum s’imposait, comme ça, avec sa grande bâtisse.  Á l’intérieur, le cabinet de curiosité, enfin plus exactement le cabinet d’histoire naturelle de Clément Lafaille, faisait rêver. Le naturaliste avait commandé au XVIIIe siècle un écrin d’armoires et de vitrines pour exposer les animaux et les végétaux collectés.  Enfant, j’adorais regarder les coquillages venus sans doute de très loin, en tout cas ils n’avaient pas été ramassés sur nos côtes rochelaises. C’est sans doute inspiré par ces spirales de nacre, que je commençais alors à concevoir le début d’une collection personnelle, faite de coquilles glanées le long des falaises. J’appris ainsi que la conchyliologie n’était pas un gros mot. Fin de l’histoire.

Et voilà, qu’au téléphone Karine Bonneval, plasticienne, qui devait exposer dans le cadre d’une saison dans les marais, exposition annulée, enfin repoussée, en raison du confinement, nous apprend qu’elle aussi, étant jeune, elle visitait le muséum de La Rochelle. Comment son travail aujourd’hui peut être en relation avec ce muséum ? Elle nous explique …

 

 

Fin mars, le vernissage de l’exposition Une saison dans les marais, devait réunir trois artistes, trois plasticiennes : Laurence Bernard, Francine Michel et Karine Bonneval. Mais un virus est venu bouleverser le monde, percuter nos convictions et nous obliger au confinement.  C’était bien les marais l’année dernière. Le 28 mars dernier devait être le jour du vernissage du second rendez-vous, un vrai moment hors des murs, hors de la cité. Un second temps fixé par la maisondelaculture dans ce très vaste lieu fait de parcelles cultivées ou simplement entretenues, parfois même laissées aux herbes folles, aux herbes libres, aux exubérantes graminées printanières. C’est assez judicieux d’offrir un rendez-vous dans un tel endroit où les arts plastiques s’installent le temps…. Le temps de quoi d’ailleurs ? Ici, dans les marais, comme partout où l’homme apprivoise le végétal ou le laisse aller à son gré, le temps n’a pas la même mesure. Les anciens estimaient les surfaces agricoles en parlant de journaux. Le journal était la surface labourée en une journée. Alors que nous sommes confinés, ne voit-on pas le temps s’étirer, se ralentir, s’estimer autrement.

L’artiste Karine Bonneval https://www.karinebonneval.com/  s’intéresse aux végétaux, nous ne verrons que plus tard son travail. Comme beaucoup elle se retrouve chez elle, dans sa maison, avec un jardin. Elle aussi est confrontée à un autre temps, une autre mesure. Elle nous en dit plus…

 

 

Nous voilà encore à parler de territoire, comme avec Gilles Clément dans notre chronique 44. Parler de territoire alors que le mot à la mode c’est distanciation. Un terme de théâtre, nous en sommes si proche. Donc, dans nos territoires revisités c’est-à-dire cet espace autour que nous regardons un peu à la loupe, nous voyons autrement notre proximité. Alors sans doute, regardons-nous autre chose dans cette nature et ces végétaux. Les observer, le regard porté ainsi dans notre sphère, sur notre domaine limité, nous amène à évoquer la végétation. Tout compte fait, c’est compliqué de parler des plantes…

 

 

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