La curiosité du régisseur

Chronique dessinée # 40

Dessins : Cathy Beauvallet
Texte : Dominique Delajot

Sans lui, sans eux, le temps du spectacle ne tournerait pas rond. Les portes ne s’ouvriraient pas au bon moment, la pluie ne pleuvrait pas, la fausse neige ne floconnerait pas, les plumes ne virevolteraient pas, les décors grinceraient peut-être, enfin la mécanique ne serait pas bien huilée. Pascal est régisseur de scène. On ne le voit jamais, il est pourtant là, toujours dans le noir tirant les drisses, ficelant les guindes, car c’est ainsi au théâtre comme en bateau, le mot corde est banni.

Pascal sait tout faire. Arrivé à la Maison de la Culture en 1992, il est embauché comme chauffeur de poids lourds. Bon ! Au départ il est électricien-plombier de formation, mais il est embauché à l’époque pour conduire un camion pour une tournée en France. Par la suite le directeur technique lui propose un poste de peintre, il sera aussi accessoirement accessoiriste et Dieu sait si l’accessoiriste souvent fait mentir l’adage : à l’impossible nul n’est tenu. Les accessoires les plus insignifiants font souvent l’objet de recherches laborieuses. Pascal se souvient des longues discussions tous les matins avec un pâtissier berruyer qui devait inventer un gâteau à la crème capable une fois écrasé au mur de glisser lentement jusqu’au sol sans se détacher de la paroi. Le pâtissier connaissait son affaire, il avait déjà été sollicité pour fabriquer des verres en sucre pour un acteur qui devait briser l’objet dans ses mains. La vie professionnelle de Pascal est un vrai livre d’anecdotes.

Le vocabulaire de la profession
Donc Pascal est aujourd’hui régisseur de scène, il fait installer et désinstaller les décors, participe au mouvement de perches, c’est-à-dire qu’il fait monter ou descendre les éléments au fil du spectacle. Les professionnels disent charger pour descendre et appuyer pour monter. La perche étant l’élément qui traverse de cour à jardin. Ah Oui !
Depuis le XVIIIe siècle le côté cour est à gauche de l’acteur quand il regarde le public, le bâbord du navigateur en quelque sorte. Toujours et encore les bateaux !
Donc, le régisseur doit suivre, et bien suivre car au top, il faut agir sur tel ou tel élément. Et par exemple, dans Mater il y en avait des tops. Tout ça ne s’improvise pas, les régisseurs sont avec les comédiens au moment des raccords, des répétitions.

L’heure du rangement
Quand le spectacle est terminé, le régisseur n’a pas fini. Et parfois il a même beaucoup de boulot. Souvenez-vous de Seuls de Wajdi Mouawad. Le spectacle se termine par une folle scène où l’acteur asperge de peinture tout ce qui l’entoure, des litres de peintures sur les décors, sur le sol… « Il fallait démonter une partie des panneaux, et les laver au nettoyeur haute pression à l’extérieur, il fallait ensuite les sécher et les remonter pour le lendemain. La bâche était changée. Mais nous avons eu pire » et Pascal s’est souvient du pire.
Le Pire, c’est Bigre, en 2016 avec le WC qui explose et de la glaise partout, c’était de la glaise certes, mais il a fallu nettoyer ensuite. « Et il y en avait du nettoyage à l’autolaveuse, et les murs nous les nettoyons à l’éponge. Nous avions plus de deux heures d’intervention après le spectacle, et nous étions plusieurs. »
Après le nettoyage, il faut faire la mise, ce terme signifie : installer. Ce qu’il y a de bien quand Pascal raconte son métier, c’est qu’on ne s’ennuie jamais.
Une question pour finir : quelle est la qualité majeure pour exercer cette profession ? « La curiosité, savoir regarder et s’adapter ». Pascal est curieux, il apprend toujours, chaque saison est une nouveauté. Et avec la nouvelle maison, l’an prochain, il y en aura de la nouveauté.

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