Le trio qui lie

Chronique dessinée # 39

Dessins : Cathy Beauvallet
Texte : Dominique Delajot

 

Si « la culture est la condition de notre civilisation », comme le disait un homme averti, il lui faut, à cette culture, pour rayonner, des messagers, des acteurs du quotidien, des personnes qui tissent des liens. Oh ! pas des liens qui emprisonnent, non, des liens qui unissent. De ces liens qui relient aux ports d’attache. Alors oui, Caroline, Pauline et Mariana, elles aussi font œuvre.

Il semble qu’en matière de spectacle vivant il n’y ait pas de recette miracle, de succès garanti, de salle systématiquement saturée avant la date. Certes, la musique à ses fans, la notoriété des chanteurs joue un rôle important, mais en matière de théâtre et de danse, c’est plus complexe. Allez comprendre !
Pourquoi le spectacle flamenco d’octobre dernier a-t-il fait salle comble ? Pourquoi les spectateurs prennent-ils parfois les billets au dernier moment ? « Nous travaillons souvent dans l’inconnu » explique Caroline, responsable des relations avec le public à la maisondelaculture.
Mais comment parler d’un spectacle aux futurs spectateurs. « Il y a bien sur notre sensibilité personnelle que nous essayons de transmettre et de rendre juste, mais il y a aussi la confiance que nous avons créée avec nos partenaires ». Caroline le sait bien, elle travaille à la maisondelaculture depuis quinze ans. Elle sait qu’il faut du temps pour tisser des liens et un public déçu est toujours difficile à rattraper.
Les spectateurs attendent aussi d’une structure culturelle qu’elle organise des ateliers, des répétitions publiques. Le spectacle doit se montrer, avant même la représentation et le public est curieux de savoir ce qui se passe en coulisse ou avant. Découvrir cet avant, c’est chercher à comprendre, chercher à savoir, un désir
d’origine : « Nous avons refusé des gens à la répétition commentée du ballet de biarritz, il y avait trop de monde ». Mariana était là pour accueillir les soixante privilégiés qui s’étaient inscrits les premiers. Et parmi eux, beaucoup de jeunes spectateurs.

De la fidélité

Oui ! il y a les fidèles, depuis que la maison existe. Il y a les habitués, ceux qui concoctent leur menu de l’année en ouverture de saison, mais chez les jeunes, ceux qui ne connaissent pas la maisondelaculture, rien n’est joué. Et ce n’est pas honteux de dire que côté curiosité, en la matière, le monde des écrans ne facilite pas la tâche.
« Au niveau scolaire, le travail que nous menons joue un rôle de sensibilisation du public jeune, mais nous nous apercevons qu’il y a des pratiques familiales qui ne vont pas forcément dans notre sens. En revanche, nos actions en direction des établissements scolaires sont positives ». Ces actions dont parle Pauline, sont une part de son travail. Pauline est arrivée à la maisondelaculture il y a trois ans. Une partie du public qu’elle côtoie, n’est pas celle des boomers, pour reprendre cet affligeant néologisme. Les gafeurs, pour continuer dans la parodie des nouveaux mots qui ne font que segmenter nos vies, semblent vivre le monde en accéléré. Parce qu’aujourd’hui très vite, l’ennuie pointe son nez. Avec la vitesse l’humain voit flou et il finit par s’ennuyer. Et l’ennui de l’ennui ?

« Mais la fréquence joue beaucoup. Quand les jeunes reviennent c’est que nous sommes arrivés à créer une sorte de fidélité » constate Pauline. La régularité est-elle synonyme de fidélité ? Oublions la question. Vous n’avez pas non plus deux heures et vous n’avez pas le droit aux calculettes.

Tous les terrains pour créer de la relation sont explorés y compris les réseaux sociaux et internet : « Nous avons enregistré des petites vidéos où le public s’exerce à la critique. On essaie de créer un lien différent. Nous avons réalisé des interviews des jeunes dans les classes après les spectacles pour savoir ce qu’ils en pensent. Nous réalisons les montages des vidéos et après nous leur montrons ». Mariana, chargée elle aussi de la relation publique depuis l’année dernière explore de nouvelles pistes. Elle intervient dans les secteurs social et associatif et aussi pour le cinéma.

Lieu de vie

« Nous travaillons à la fois pour le spectacle mais aussi dans l’idée que la nouvelle maison devienne un lieu de vie. La maisondelaculture c’est aussi un endroit où le public peut voir des artistes au travail, des décors se fabriquer. Le projet c’est ça, il n’y a pas que le spectacle, nous sommes là pour montrer tout ce qui se passe». Caroline est passionnée, comme Pauline et Mariana, Mariana qui ajoute « nous sommes là également pour créer du lien entre les gens ». Le trio s’affaire aussi à la tache collective qui anime toute l’équipe, à savoir générer de l’inattendu dans la nouvelle maison. Et l’inattendu s’est toujours un peu la surprise du spectateur, quand la lumière de la salle s’éteint et que la scène s’éclaire. Et promis, dans la nouvelle maison il y aura toujours de la lumière et toujours il sera question d’éblouissement.

 

 

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