Une histoire d’uku

Chronique dessinée # 38

Dessins : Cathy Beauvallet
Texte : Dominique Delajot

 

Sol, sol, sol… Solitaire.
Le ukulélé, uku pour les intimes, enfin pour les habitués, n’est pas un instrument pour
musicien, seul, abandonné de tous excepté de lui-même, comme le disait à peu près
Victor. Et contrairement aux idées reçues, le premier ukulélé n’a pas été rapporté par
Gulliver lors de son retour de l’île de Lilliput, dans l’océan indien. Non ! le Ukulélé a
été réintroduit en France par un groupe de musiciens anglais, The Ukulele orchestra,
désireux peut-être de faire mieux connaître cet instrument étrange inventé par
Richard Matheson, alors qu’il rédigeait son roman : The Shrinking Man (l’homme qui
rétrécit). Car Scott Carey, le héros du livre et donc du film éponyme, enfin l’inverse,
était guitariste.
Vous l’avez deviné, this is a fack news, ceci est une infox, mais il fallait bien
commencer en anglais dans le texte. Allez ! on se la joue en c-tuning.
Passons à la deuxième corde !

                                            

Do, do, do… Doigt.
Huit musiciens, seize mains, donc quatre-vingt doigts, jouaient le vendredi 10 janvier à
l’auditorium de Bourges. Quatre-vingt c’est beaucoup !
Habillés classique sur scène, genre grande soirée au Carnegie Hall, ils et elles ont
joué de cet étrange instrument durant une heure trente avec entracte à l’ancienne. Un
spectacle très digital. A digital spectacle, a-t-on envie de dire, puisque la soirée était
so british, avec nappage à l’anglaise, la crème de l’humour.
Il fallait oser, la maisondelaculture l’a fait. Salle comble, applaudissements nourris.
Reconnaissons que ces petites caisses de résonance, très en vogue, font chavirer les
coeurs. Et cherry on the cake, avec un répertoire éclectique, pop, rock, classique, il y
en avait pour tous les goûts.

Mi, mi, mi… Migrateur
Comme les oiseaux migrateurs, The ukulele orchestra of great britain, ben oui ! it’s
their name, traverse en ce moment de nombreux pays. C’est une tournée de grande
ampleur qu’entreprend cet ensemble. Et nous avons eu la chance qu’il se pose durant
deux jours en Berry. Donc, disions-nous, le ukulélé est à la mode. Il avait connu, au début
du XX ème, un intérêt certain, et voilà qu’un siècle plus tard : c’est reparti comme
en 14. Les bons musiciens ont forcément envie, un jour, de jouer de cet instrument
qui se décline en soprano, ténor, baryton, électro, voir même dans une version genre
«dobro», c’est à dire avec résonateur pour un son métal.
Lors de la présentation du concert, face au public, Olivier Atlan le directeur de la maisondelaculture
l’a avoué, lui aussi joue du ukulélé, parfois même habillé en kilt, (Olivier,
pas le ukulélé) et ses amis le savent : il en joue bien. Bon, en même temps, la musique
est une de ses passions.

La, la, la…voilà.
Nous y voilà ! Nous l’avons dit, nous l’avons vu, la salle de l’auditorium était comble. Un
comble pour un aussi petit instrument. En matière de programmation il y a des raisons
que la raison ignore. Pourquoi le public a répondu en masse à cette invite qui n’a pas
fait l’objet de publicité particulière par rapport aux autres spectacles de la saison ? Eh
bien ! il n’y a pas de réponse.
« Entends-tu mon Ukulélé ? », s’interrogeait Bashung en chantant Dean Martin. Le
propos général était certes différent, mais la légitime question était ainsi posée. Nous
avons au moins une réponse, vendredi et samedi les spectateurs berruyers ont bien
entendu et écouté. C’est fou ce qu’un musicien peut faire en mode
soprano ou ténor en partant seulement de quatre notes : sol, do, mi, là !

                           

 

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