Année importante elle fut

Chronique dessinée # 36

Dessins : Cathy Beauvallet
Texte : Dominique Delajot

La force est en eux. Courageux et remarquables ils sont, mais beaucoup encore il leur reste à accomplir.

Depuis dix ans, exilés, ils ont avalé des couleuvres, ils ont essuyé des plâtres et avec patience oublié la lenteur du sablier. Depuis dix ans ils ont vécu passionnément un autre quotidien, animés par la ferme conviction que peu à peu la laine se transforme en tapis. Et même si parfois dans ces locaux vieillots, ils se sont dit en eux-mêmes :
« non, c’est vraiment pas terrible » ils savaient qu’avec la paille et le temps, les nèfles blettissent, comme on le murmure au pays du chouchen.

Bref, depuis une décennie, telles des fourmis au fil des saisons, sans discontinués et affairés à l’ouvrage ils ont bâti. Logés à la limite du monde urbain visible, entre un terrain vague et une forêt de bambou, au bord d’un canal en cure de rajeunissement, ils ont poursuivi leur chemin.

À table !

Lundi, rassemblée pour la dernière fois le long d’une table en U, dans la salle d’un auditorium désert à une heure tardive, toute l’équipe a partagé le repas du soir, une mise en cène en quelque sorte. Pas une bombance mais un simple dîner de clôture au soir du trois cent cinquantième jour, un de plus, d’un calendrier qui se fane en hiver avant l’éclosion d’une nouvelle décennie. Donc, d’un point de vue purement formel : un repas de fin d’année.

Et pourquoi dire qu’il s’agit de la dernière fois ? Et bien parce que l’an prochain, ils rentrent à la maison, comme le disait Han Solo aux commandes du Faucon Millénium, dans l’épisode IV de Star Wars, alors que Dark Vador abandonnait sa proie victorieuse. Ce moment magique, en dernier tableau, quand la fin de l’étoile noire nous soulage… oserait-on dire.

Ça va déménager !

Et cette maison dans laquelle ils vont entrer, c’est la maisondelaculture, celle qui continua à vivre grâce à eux, à cette équipe soudée, derrière et autour, d’Olivier, leur directeur, une équipe soudée mais hors les murs et qui n’a jamais baissé les bras. Pour elle, presque tout était aquilon alors que tout nous paraissait Zéphyr, elle, enfin lui, cet équipage, navigua sans broncher ou presque. Alors chapeau bas. Il n’y a plus rien à dire d’autre à l’aube d’un noël qui marque la fin des embuches.

Lundi, c’était un repas simple comme il en existe dans toutes les entreprises. Mais celui-là avait le goût de la dernière collation avant le grand départ.
Nos exilés vont en 2020 reprendre pieds, comme on réapprend à marcher sans béquille. Ils vont tous, cette année, enfin celle qui pointe, entrer dans le grand vaisseau, place Séraucourt, et le préparer avant que le public en 2021 puisse en profiter. Voilà donc la dernière page d’un épisode et le début d’une autre aventure.

Avant de clore, un petit mot pour Geneviève, l’habile habilleuse de la chronique 16 de notre carnet de bord, Geneviève termine en cette fin d’année une belle et riche carrière, joliment remplie. Saluons Geneviève, non! debout nous l’applaudissons, comme on le fait habituellement pour les artistes. Et d’ailleurs restons debout et applaudissons tout le monde. Une belle ovation, ça fait un bien fou.

 

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