Pris par la main

Chronique dessinée # 34

Dessins : Cathy Beauvallet
Texte : Dominique Delajot

Alors oui ! Kiss & Cry.
Sans doute, tant de belles choses ont été écrites sur ce spectacle enchanteur joué la semaine passée à la maisondelaculture, tant de mots ont été dessinés pour désigner parfois plus ou moins en traits justes le dessein des créateurs de ce bijoux, qu’il est impossible ici d’en rajouter une couche.

Contentons-nous alors de joliment montrer du doigt, cette immense perle qui nous emmène dans un monde miniature, un univers sans vraie dimension, un lieu où les gens qui disparaissent de nos vies continuent de se mouvoir. Un espace impalpable d’une matière mémorielle qui s’écoulerait comme du sable entre nos doigts.

Et il y a du sable dans Kiss & Cry. Des grains de dunes infinies en modèles réduits, habitées de personnages de maquettes sorties du silence et de leur immobilité apparente grâce à la poésie de Michèle Anne De Mey et Jaco Van Dormael. Une création d’un ailleurs poétique dans laquelle, pris par la main, nous pénétrons si volontiers.

Narration intemporelle, Kiss & Cry, baiser et larme, comme la zone bien connue des patineurs, est une œuvre collective faisant appel à plusieurs médiums, cinq ou dix peut-être, autant que les doigts qui s’enlacent, dansent et s’élancent. L’amour n’est pas sans humour, l’espace d’un instant le pas est franchi, on voit même apparaître un pied.

Mais revenons-en aux mains, cette nano-danse du bout des doigts, si sensuelle et sensée, nous séduit bel et bien et nous aspire dans un monde construit en direct et projeté sur grand écran. Nous sommes dès les premières minutes attentifs à Gisèle. Gisèle qui attend sur le banc de la gare et se souvient justement de cette main, autrefois touchée par hasard, cette main, partie et disparue, mais dont le souvenir ne l’a jamais quittée. Un instant fugace et figé.
Cette création ne vieillira jamais.

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