L’avant et l’après

Chronique dessinée # 31

Dessins : Cathy Beauvallet
Texte : Dominique Delajot

 

Á la page 20 du programme de la maisondelaculture, à propos de L’école des femmes, il est précisé que le metteur en scène ramène le théâtre à sa plus simple expression, celle du langage.
Cette pièce interprétée la semaine dernière par la compagnie des Géotrupes, sous la direction de Christian Esnay, est un classique. Bon, certes, la langue a évolué, mais le français reste la langue de Molière. Une périphrase qui fait sens à l’heure des sms. En novlangue digitale, taper avec un doigt c’est souvent écrire comme un pied. Alors oui, il faut sans doute jouer et dire des textes rédigés il y a plus de 350 ans et continuer à les enseigner.

 

 

Men at work
Le spectacle vivant véhicule des phrases plusieurs fois séculaires parce que le temps façonne.
Et pendant que le temps façonne les maçons maçonnent place Séraucourt. Derrière les murs récemment dressés, il y a des êtres au travail.
« Je suis jeune il est vrai mais aux âmes bien nées la valeur n’attends pas le nombre des années ». Bon, ce n’est pas du Molière mais c’est du Corneille, passons sur les relations entre les deux hommes et retenons la phrase car elle fait sens au coeur des travaux.
Le décor est dressé, Adrien entre en scène. Adrien, à trente et un an, il est chef de chantier.

Il est arrivé là en mai 2018, tout au début. Depuis dix ans il travaille à la SNB. Son père est maçon, son grand père était maçon, la maçonnerie est une affaire de famille. Lui voulait être tailleur de pierre, mais une conseillère d’orientation en a décidé autrement, alors il a passé un BTS. Et il ne le regrette pas. « J’aime voir les bâtiments se monter. Quand tout est fini nous sommes fiers de ce que nous avons accompli.
Notre travail est un travail d’équipe et chaque chantier est différent ».

 

Des journées bien remplies
La journée d’Adrien commence à 6H30 quand il ouvre la porte du local blanc caractéristique des structures modulaires et provisoires sur les sites en devenir.
Nous sommes ici dans un bureau, tapissé de plans, une sorte de quartier général
où les casques bleus se côtoient. Le bleu étant la couleur des chefs.
Et tous les jours, la petite aiguille de l’horloge effectuera un peu plus d’un tour de cadran avant qu’Adrien ne reparte. Les trois quarts de son temps il les passe directement sur le chantier. Là, il suit les équipes, organise le travail, il est le chef d’orchestre, il fait du traçage, l’art d’interpréter les plans sur le terrain. Il prépare aussi les commandes.
Il collabore étroitement avec le conducteur de travaux.
Depuis le début de sa carrière il n’a jamais travaillé sur un si gros chantier, un chantier hors du commun. Au début, ils étaient deux à faire ce qu’il fait seul aujourd’hui.
Hervé était plus âgé, il avait plus d’expérience. Entre eux, tout s’est très bien passé,
ils formaient une parfaite équipe, mais Hervé est parti pour une autre mission.

Le spectateur
Pour être chef de chantier il faut avoir le sens des relations humaines. « Ici c’est plus facile qu’en région parisienne, les gens sont plus décontractés. On voit vraiment la différence avec la province ».
Le jeune homme aguerri le dit lui-même, l’expérience sera très marquante : « il y a l’Adrien d’avant et il y aura l’Adrien d’après ».
Et promis, l’Adrien d’après reviendra avec sa femme et ses enfants à Bourges, mais cette fois comme spectateurs dans un théâtre fraîchement terminé.

carnets de bord