Décors pour des corps

Chronique dessinée # 30

Dessins : Cathy Beauvallet
Texte : Dominique Delajot

 

De mémoire de mites, les premiers décors étaient peints, mais les hautes toiles des temps anciens, en fonds de scène, ont été pliées dans les grandes armoires de l’histoire.
Aujourd’hui, au théâtre, le décor affirme sa présence en trois dimensions, il joue sans surjouer, fixe ou mouvant il fait partie d’un grand ensemble, et pour toutes ces raisons sa conception est une affaire de professionnels.

La maisondelaculture a la chance de posséder ses propres ateliers où se fabriquent en moyenne huit décors par saison. En fait, ce n’est pas une chance, c’est un choix. Un choix assumé, financé et géré comme une activité artistique à part entière. La maisondelaculture participe à de nombreux projets théâtraux pour lesquels ses ateliers peuvent être sollicités.

« Nous devons écouter, comprendre et ensuite exécuter ». Conseiller technique et responsable des ateliers, Nicolas Bénard doit à la fois entendre et visualiser les propositions artistiques des scénographes avant d’apporter des solutions.

Des propositions qui prennent en compte de multiples aspects. Et il y en a beaucoup, bien au-delà du statique et du mobile, sans oublier la sécurité et le respect des normes. L’esthétique est primordiale, certains facteurs échappent aux spectateurs et sont incontournables comme l’ignifugation des matériaux et les contraintes futures qui peuvent se présenter au fil des représentations, dans des lieux scéniques différents.

Loin des regards
Donc beaucoup de paramètres sont à prendre en considération par les trois techniciens, Nicolas, Didier et Éric qui œuvrent rue Ampère à Bourges, loin de l’auditorium et du chantier.

Ce sont des hommes orchestres, tous créateurs au service de la création. « Si nous exécutons un travail, nous devons avant tout saisir le projet et ensuite construire une image ». Et ils n’ont jamais deux fois la même image à construire.
Dans le domaine du décor, les techniciens sont souvent des faussaires géniaux, sachant faire du faux avec du vrai, de donner l’illusion du lourd avec du léger, de l’épais avec du fin, du lumineux sans lumière, du mobile avec du fixe et du fixe avec du mobile. Les faussaires d’une réalité théâtrale, car si le mot décor fait référence à l’apparence, il s’agit bien d’une réalité qui n’accepte pas l’erreur.


Le décor et les corps
Que ce soit pour la cour d’honneur à Avignon, pour une petite scène en province, ou pour tout autre lieu de représentation, les hommes du décor doivent tout savoir sur la pièce. Les acteurs bougent, évoluent au sein de l’espace scénique et leurs mouvements font l’objet de la plus grande attention. « Comprendre le projet, c’est comprendre le visuel, l’aspect artistique y compris avec les déplacements des comédiens », c’est pour cela qu’au début Nicolas passe du temps avec le scénographe, car tout commence par l’écoute.

De l’étude à la livraison finale il peut s’écouler de trois semaines à deux mois. L’équipe des ateliers de la maisondelaculture fait toujours le premier montage sur scène : « c’est un moment de passation d’informations important.»

Le commencement
Avec sa formation d’ébéniste, Nicolas a effectué un remplacement à la maisondelaculture par hasard, il y a trente-cinq ans. Aujourd’hui, des dizaines de maquettes à l’abri de la poussière sont comme des petites notes mémorielles à l’entrée de son bureau.

Le décor est une image souvent en kit, une image qui peut vivre plusieurs saisons avant d’être déconstruite. On ne dira jamais assez à quel point l’art vivant est aussi une symbiose issue d’une rencontre entre une entreprise de l’esprit et une œuvre de la main. Le décor est un art sans distinction, il mêle étude, pratique et création.

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