Les visiteurs

Chronique dessinée # 29

Dessins : Cathy Beauvallet
Texte : Dominique Delajot

 

Pour un théâtre, osons la mise en trope : on ne peut rester de marbre, cet espace est béton. Le fait est, il émane de l’endroit la force des édifices antiques, non pas par la forme ni les matériaux mais par ses imposantes dimensions qui sont là pour servir l’art vivant. Disons en résumé que l’ensemble est remarquable.

Depuis le début du chantier, l’équipe de la maisondelaculture vient régulièrement sur place, pour suivre l’avancée des travaux.

 

Suivez le guide !

Nous sommes lundi, alors que le lieu est animé depuis potron-jacquet – expression qui sied aux paysages arboricoles – ils sont tous venus arpenter au cœur du site quasiment à l’heure de table, ce qui sera leur vaisseau amiral sur les pentes de la place Séraucourt.
Midi n’a pas encore sonné, tout le monde monte sur le pont.

Coiffés de rouge, coiffés de blanc, coiffés de bleu parfois, les membres de cette troupe casqués en tricolore, s’en vont de coursive en coursive, de la poupe à la proue, faire le grand tour, guidés par Hugues Dufoix, du Cabinet d’architectes Ivars et Ballet.
Le directeur de travaux est là pour répondre aux questions techniques, mais comme l’a si bien dit un visiteur debout sur la scène de la grande salle, le nez en l’air et regardant la charpente métallique : « il n’y a pas de questions, l’ensemble parle de lui-même ».
Bon ! la phrase est belle, mais des questions il y en a quand même quelques-unes, surtout en bas, tout en bas, en rez-de-chaussée, quand il s’agit de commenter la machinerie thermique, capable de chauffer ou refroidir l’ensemble de la bâtisse en renouvelant une partie de l’air. Les entrelacs des tubulures dans leur cocon d’isolement phonique témoignent de la complexité de la maitrise d’œuvre. Bel ouvrage ! Des ouvriers passent, d’autres s’affairent à la tâche et dans la grande salle de répétition, avec ces 400 mètres carrés éclairés par de généreuses baies vitrées, c’est de nouveau l’émotion. Ici aussi, il faut bien le reconnaître, le gabarit est impressionnant. Même tout à l’heure, la petite salle paraissait grande. Et comme le dit avec humour un futur utilisateur : « ça fait vide, mais quand il y aura les meubles… ».

 

Les bureaux

L’escadron de professionnels passe par les bureaux. Chacun s’imagine déjà assis, affairé sur son nouveau lieu de travail. La visite se termine par un détour du côté des salles de cinéma. Les deux beaux plateaux et leurs gradins pour servir le septième art font l’unanimité.

Il reste encore des mois et des mois de travail, puis il y aura la mise en route (1). Et ce n’est pas rien la mise en route. Un tel édifice avec tous ses aspects techniques ne démarre pas d’un coup de clef. «Les réglages ne se font pas du jour au lendemain» explique Hugues Dufoix. Nous n’en sommes pas encore là, mais même après la réception de l’ouvrage, l’année du parfait achèvement n’est pas forcément une mer calme et peu agitée. Comme la danse, comme le théâtre, la construction est un art vivant.

(1) Livraison des locaux en automne 2020. Prise en main du bâtiment par l’équipe. Ouverture officielle au public le premier semestre 2021.

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