Y’a d’la pomme et du gigot-bitume

Chronique dessinée # 28

 

C’est reparti !
Nous sommes au Paradis, un parc clos. Un enclos, en compagnie d’Ève et d’Adam et des témoins, en quelque sorte. Un face-à-face très justement posé pour lancer la saison à la mi-septembre.
Le choix de cette fantaisie dans l’intimité, à l’ancienne, n’est pas anodin. Le nombre de places est volontairement limité. Le spectacle vivant est là, offert de plus près, en partage.

Des spectateurs, quelques dizaines tous les soirs1, depuis lundi, sur des bancs, sont installés sur la scène à quelques mètres du premier homme et de la première femme, le doute persiste quant à la chronologie. Le public assiste à la rencontre de nos deux ancêtres et aux aventures qu’ils sont amenés à vivre.

Dans cet Eden, debout dans les bambous, Julie Delille et Baptiste Relat, aidés avec finesse dans l’adaptation et la mise en scène par Mélissa Barbaud, nous offrent un moment théâtral à croquer, rien à voir avec le célèbre fruit dont on fait aujourd’hui des compotes. Le mot croquer fait référence aux dessins.
D’ailleurs, à ce sujet, sans faire de blague à la noix, pour reprendre la fine traduction du texte original de Mark Twain, dont la pièce est inspirée, ce n’est pas forcément la pomme d’Ève qu’Adam a eu du mal à avaler et qu’il a encore malgré tout au-travers de la gorge, ce n’est pas la pomme qui leur vaut d’être expulsés du fameux jardin originel. Non ! Ève ce n’est pas ta pomme ! aurait pu lui dire Adam. Mais stop ! Pour en savoir plus il faut aller voir jouer le duo.

Julie et Baptiste, Ève et Adam, toujours à la lisière, dans cet espace de l’entre deux, du comique mesuré, au sens théâtral, forgent de l’humour et jusqu’au mot définissant la mort, dessinent ainsi une fresque belle et humaine. On se surprend à rire en étant joliment bouleversé.
Cerise sur le gâteau, signe d’une décentralisation assumée, le spectacle part en tournée dans le département en novembre2.
Préparez vos bambous !

Et sur le chantier !

Quittons le divin pour évoquer les nourritures terrestres associées parfois, étrangement, aux substances minérales. En voici un exemple, dans le domaine du BTP3, la tradition fait qu’à la fin du gros œuvre, les compagnons cuisinent le gigot-bitume.
C’est ce qui fut fait le 13 septembre au pied de la future maisondelaculture (ainsi nommée) en construction. La recette est simple : un gigot très soigneusement enveloppé dans du papier adéquat et ficelé serré à l’aide d’un fil de fer, est plongé dans une marmite de bitume. Le temps de cuisson pour la viande et son exosquelette est d’environ vingt minutes par kilo. Délicieux !
Ce vendredi, les convives étaient nombreux au déjeuner très officiel. Moment incontournable pour la profession, il n’a pas de prix. Rien à voir avec la recette de Salvatore Dali qui considérait que tout corps plongé dans le goudron et ensuite soulevé, valait déjà 5000 dollars. L’artiste surréaliste, également inspiré par Ève et Adam, pratiquait lui aussi l’humour, mais en l’occurrence, avec du goudron, cet humour-là était… noir.

1 : Le journal d’Adam et Ève, jeudi 26 et vendredi 27 septembre, 20h30, Auditorium.
2 : Les dates et les lieux en novembre (en cours) : le 7 à Boulleret au foyer rural à 20h30, le 8 à Foëcy à la Salle des Fêtes à 20h30, le 10 à Veaugues à la salle des fêtes à 17 heures.
3 : bâtiment et travaux publics.

Dessins : Cathy Beauvallet
Texte : Dominique Delajot