« c'est dans le vide de la pensée que s'inscrit le mal.»
   hannah arendt

 

Depuis 2011, nous avons vu un fou abattre de sang‑froid des enfants à Toulouse, la réélection du premier président
noir aux États‑Unis, la démission d’un pape, la loi sur le mariage pour tous, la mort de Mandela, l’assassinat de
caricaturistes, de journalistes, de juifs, puis de 130 jeunes gens en plein Paris, l’entrée de deux femmes résistantes
au Panthéon, le retour de la censure… Nous avons vu le pire et le meilleur. Le pire surtout.

Alors, une fois encore, relire Camus : « Si le monde était clair, l’art ne serait pas. »

Est‑ce la décomposition de notre monde, de notre humanité, qui donne vie à l’incroyable vitalité artistique
d’aujourd’hui ? Car la fin du modèle des deux blocs — modèle finalement rassurant pour une pensée manichéenne,
si simple dans sa logique binaire du pour ou contre — et le repli communautaire nous laissent désormais dans
l’implacable obligation de prendre position sur des bases complexes et mouvantes.

La culture, l’art, la connaissance, c’est aussi ce qui nous rend capables de prendre position, de cultiver la seule
valeur de paix : la tolérance.

Et la recherche de la connaissance n’est pas forcément triste, besogneuse ou ardue. Seuls les sots opposent
réflexion et divertissement. Seuls les sots imaginent que lire, aller au cinéma, au musée, au théâtre est une
démarche inutile et contrainte. Seuls les sots veulent instrumentaliser l’art pour créer autre chose que ce qu’il
crée : du sens, du partage et de l’émotion.

Depuis 2011, nous avons vu à Bourges plus de 200 spectacles, certains immenses, d’autres moins indispensables,
partagé des moments de vie, dialogué, découvert, ri, pleuré, vécu des coups de foudres et des foucades, attendu
une renaissance, espéré, craint, espéré à nouveau, respiré… Nous avons vécu.

Avec vous, avec les artistes, avec l’équipe, nous avons créé une communauté ouverte et tolérante, consciente
de sa chance, de sa responsabilité, mais aussi de la légitimité de ses choix et de ses combats. Une communauté
qui « accomplit » sa vie au lieu de la « rêver ».

Notre « route aimée » qui n’a jamais promis « le pays de sa destination », nous continuerons à l’emprunter
ensemble, à rencontrer des carrefours sans indication. Mais l’abri de notre nouvelle Maison sera bientôt un havre
de paix pour tous les voyageurs du sens.

« Créer, c’est vivre deux fois »… et vibrer 1000 fois.

Merci de m’avoir offert de vivre une seconde vie.

Olivier Atlan