Lundi 18 janvier 2016

 

 

Tu ne vas pas en classe cette semaine.

Tu sais que : les troisièmes ont un brevet blanc, que c’était suffisamment important la semaine précédente pour que tu ne les rencontres pas — pas encore, pas cette année, tu les avais rencontrés en fin d’année, la première fois que tu étais venu te présenter aux élèves pour introduire le travail que vous feriez ensemble, pendant les six premiers mois de 2016.

Tu avais donné ton nom, ta profession, le cadre dans lequel tu intervenais, le TREAC. C’était la deuxième année que ce dispositif existait, l’année précédente, dans le même collège, il avait été question de théâtre, et c’était une troupe qui était intervenue avec les élèves, dont certains avec lesquels tu allais travailler cette année, tu leur avais dit : cette année, c’est moi, la troupe de théâtre — certains avaient souri. Tu leur avais demandé aussi s’ils avaient aimé, le travail accompli l’an passé. C’était mitigé, il y avait eu une bonne moitié qui avait dit non, mais tu regardais le non des élèves comme un réflexe de l’adolescence, refuser d’abord avant de réfléchir. Lorsque tu approfondissais dans les classes, tu voyais bien que souvent le non était suivi de nuances, qui finalement aboutissaient à un oui parfois aussi vif que le non l’avait été.

En quatrième, tu leur avais demandé s’ils aimaient le collège, ça avait été de la même façon un non général, et puis, petit à petit, ils avaient tous trouvé des raisons de s’y plaire, au collège, et finalement, en quittant la salle, ils aimaient bien cela, le collège.

Tu es comme eux.

Tu n’es pas comme eux : tu aimais le collège, toi. En vérité non, tu aimais le lycée. Le collège, il y avait encore des moqueries, il y avait de la méchanceté, il y avait ta différence, il y avait des moments difficiles — la gymnastique par exemple, les vestiaires, tu n’aimais pas ça, tu n’y avais pas ta place.

L’un d’entre eux — ces quatrièmes qui n’aimaient pas le collège —, quand tu avais parlé de ton journal, de ton travail, t’avait cherché. Il t’avait conseillé de ne pas faire comme Charlie Hebdo, tu lui avais demandé ce qu’ils avaient fait, à Charlie Hebdo, il avait répondu qu’ils s’étaient moqué. Tu avais demandé si ça méritait le sort qu’ils avaient eu, l’élève n’avait pas répondu, mais avait fait une pirouette, il disait : ce n’est pas bien de se moquer, Monsieur. Tu lui avais demandé si lui ne se moquait jamais de personne, non bien entendu, quelques minutes après, tu avais fait rire la classe à tes propres dépends, et cet élève en particulier en avait rajouté, tu t’étais tourné vers lui, tu lui avais dit : je croyais que tu ne te moquais jamais.

Il avait souri.

Il y avait dans ce sourire-là un truc intelligent qui ne se rebellait pas mais acceptait ce qu’il entendait. Il y avait eu à partir de ce moment-là un attachement vers cet élève qui au départ te résistait, et continuerait de le faire. Tu avais été surpris de ce que tu avais ressenti, à la fois à ton égard, et au sien — une fierté de part et d’autre. Tu avais compris que les élèves te surprendraient comme tu les surprenais parfois toi-même.

Tu avais compris que le travail ne faisait que commencer.

 

Tu ne vas pas en classe cette semaine, tu as des devoirs à faire pourtant, vers le collège, pour organiser ce travail qui ne fait que commencer.

Actualités

  •  PUNK cinema

    Cette semaine, le Cinéma de la MCB° s’associe au cycle Punk proposé par le Printemps de Bourges
    avec la diffusion de films punks, sur les punks, présentés par des punks !
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